Elaboration d’un roman

Laurent Binet a intitulé son livre HHhH utilisant l’acronyme de la phrase allemande « Himmlers Hirn heißt Heydrich » qui signifie le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich.

Quand j’ai emprunté ce livre à la bibliothèque je pensais lire un roman historique comme je les affectionne car ils aident à fixer les évènements même si la difficulté de trier l’information et l’invention est redoutable. Si j’avais dû résumer le livre avant de le lire (si, si), j’aurais raconté que le roman a comme point de départ l’attentat du 27 mai 1942 contre Heydrich à Prague et qu’ensuite l’auteur remonte le temps. Ce n’est pas très dur à imaginer : c’est en gros ce que sous entend la quatrième de couverture.

Ce que j’ai découvert à la lecture : c’est le style et l’humour. Ce qui m’a permis de faire une chose que j’apprécie tout particulièrement : rire dans le métro. Et c’est vrai c’est d’autant plus agréable que je ne m’y attendais pas forcément avec un livre sur Heydrich, le bourreau de Prague, le planificateur de la Solution finale et l’ordonnateur de la Conférence de Wansee.

La quatrième de couverture mentionne à la fin le combat que mène l’auteur pour « résister à la tentation de romancer. » Oh, que le terme résister est bien choisi. Si l’histoire tourne bien autour de Heydrich puisque « C’est incroyable à quel point, concernant la politique du IIIe Reich, et spécialement dans ce qu’elle a de plus terrifiant, on retrouve toujours Heydrich au centre de tout. » Les héros sont les deux parachutistes tchécoslovaques Gaběík et Kubiš et le guetteur Valěík qui ont tiré ce 27 mai 1942. Tout le sujet du livre est en fait la comment rédiger un bon roman historique qui rend grâce à ces personnages ayant réellement existé. Il ne s’autorise pas la même liberté qu’Alexandre Dumas qui déclarait « Il est permis de violer l’histoire, à condition de lui faire un enfant. »

L’auteur raconte comment il est confronté à ses sources : livres, films ou romans qui mentionnent l’attentat ou l’un des protagonistes ; comment il doit lui aussi trier ce qui est vrai et éliminer ce qui est faux. Il éclaire sur les réactions que peut avoir un auteur quand un livre sur un sujet proche sort en librairie pendant la rédaction de son propre livre.

Il retrace sa lutte intérieure entre le romancier, en lui, qui veut une histoire fluide et vraie et l’historien (qu’il n’est pas) qui pense qu’introduire un témoin c’est changer l’histoire. Et le résultat est efficace. La date du 27 mai 42 restera dans la mémoire du lecteur, les noms de Gaběík, Kubiš et Valěík, Babi Yar et le Dynamo Kiev aussi.

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