Aujourd’hui, j’ai manifesté

J’ai manifesté pour la liberté cette somme de libertés : liberté de pensée, de conscience et de religion (art. 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme), liberté d’opinion et d’expression (art. 19), la liberté de réunion et d’association pacifiques (art. 20) et la liberté du vote (art. 21). J’ai manifesté parce que s’attaquer à l’une c’est remettre en cause toutes les autres. Je voulais la défendre, les défendre.

En tant que juive, depuis, au moins*, l’assassinat d’Ilan Halimi, en janvier 2006, je sais qu’en France il est possible d’être assassiné parce qu’on est juif. Avec Montauban et Toulouse, 2012, j’ai compris que la haine n’avait pas de limite et que les-mêmes qui attaquaient les juifs s’en prenaient aux forces de l’ordre, à des enfants, à la France. A Bruxelles, en 2014, visiter un musée juif pouvait aussi tuer. Plus tard, la même année, une femme pouvait être violée parce qu’elle était juive. Au-delà de la souffrance des proches, au- delà de la souffrance de la communauté juive il y a l’impression d’inutilité parce que ça recommence parce que les assassins sont des tueurs isolés, des individualités et parce que l’idéologie derrière est niée.

VOUS êtes juifs et vous l’êtes, sans le savoir – sans le reconnaître – en l’ignorant même délibérément parfois, depuis au-moins 2006. Depuis 2006, la liberté de culte est remise en cause. Et qu’est ce que notre liberté sans la liberté de culte ?

Je savais que je manifesterais depuis jeudi et je savais aussi contre qui je manifesterais : les mêmes ceux qui assassinent des juifs, ceux qu’il faut nommer des islamo-fascistes. La prochaine fois serons-nous tous homo ?

Alors ensuite, j’ai découvert avec qui je manifesterai mais vraiment mes libertés sont-elles solubles dans leur hypocrisie ?

Aujourd’hui, j’étais Charlie, j’étais la liberté d’expression assassinée et tous les jours je suis juive. Mercredi, j’achèterai Charlie hebdo et VOUS irez-vous dans un magasin casher ?

2015-01-11Joelle

* En 1980, lors de l’attentat de la rue Copernic, j’avais un an. Lors de la profanation du cimetière juif de Carpentras, j’en avais onze, je n’avais pas manifesté mais j’avais accompagné mon papa à la synagogue.

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