La femme est un homme comme les autres : la voix et le corps des femmes

Cette troisième conférence du cycle La femme est-elle un homme comme les autres était particulièrement riche. Mikhael Benadmon s’attaquait cette fois au sujet suivant « La voix et le corps des femmes : éduquer les hommes ou cacher les femmes ? »

Ayant loupé les premières minutes de la conférence, je ne peux pas vous dire comment cela a réellement débuté mais je vais faire comme si ! Je suis arrivée quand notre conférencier présentait une bibliographie des plus instructives et illustrées sur le vêtement selon la halakha. Les dessins montraient les risques possibles : voire trop de jambes en montant les escaliers ou dans un bus, dévoiler trop de poignet en s’étirant, etc. L’un comportait même une comparaison subtile avec l’anatomie de la vache ce qui aide à déterminer les points érotiques !

L’introduction s’est terminée par une constatation certaines franges de population juive ont un rapport mécanique à la sexualité (et au corps de la femme). Le voile crée une zone « érotique ». Ces juifs vivent dans un monde où l’on parle des femmes et non avec les femmes. Dans ce monde, tout devient sexualité, elle est discutée – comparée.

Bref, à ce stade, nous étions tous d’accord pour dire que cela crée une dimension malsaine ET non religieuse puisque la seule vision proposée est la suivante : « la femme est tentatrice, l’homme est déresponsabilisé ». La femme est le bouc émissaire. Cette vision se retrouve dans l’architecture des synagogues traditionnelles : les femmes sont éloignées des hommes.

Le paradoxe de ce « discours de sublimation »  est que ce sont les hommes qui écrivent ces textes et qu’ils savent ce qui les excite. De plus, cela induit un déni de la spiritualité féminine.

Si la vision de l’homme est de la femme a toujours été différente, elle a évolué depuis l’Antiquité mais l’oppostion homme femme reste. Soit la femme est matière et l’homme intellect soit la femme est sans désir sexuel et l’homme est une bête. Et puisque l’homme est susceptibles de succomber alors les femmes doivent se cacher ! Imparable.

Donc pour toutes ces raisons oui une éducation sexuelle est nécessaire et encore plus dans le monde religieux. Et ce d’autant plus que le discours sur le corps de la femme est plus décomplexé dans le Talmud (le Cantique des cantiques est érotique avec une signification allégorique, le traité de Baba metsia contient une conversation entre rabbins sur la longueur de leur sexe, il est aussi possible de se questionner sur l’opportunité de complimenter la femme pour sa beauté). Non et surtout si la personne n’est pas juif.

De même la notion de pudeur est-elle « substantielle ou relationnelle » ? Varie-t’elle selon les époques ? Ce sujet a fait l’objet d’une correspondance entre Ovadia Yossef et Obadia Hadaya son maître. Lors d’un divorce, l’époux a argué qu’il voulait divorcer car sa femme était impudique. Comme preuve, il avait une photo d’elle en maillot de bain sur la plage. Alors que Obadia Hadaya disait que de nos jours cette photo n’avait rien de scandaleux, Ovadia Yossef affirmait qu’en effet la tenue était impudique.

Pour en revenir au texte, c’est le verset 14 du psaume 45 (כָּל־כְּבוּדָּה בַת־מֶלֶךְ פְּנִימָה מִמִּשְׁבְּצוֹת זָהָב לְבוּשָׁהּ) qui a donné lieu à de nombreuses traductions (« Toute radieuse, la fille du roi est dans l’intérieur. » Samuel Cahen sur Judeopedia) et à de multiples extrapolations dont l’interdiction faites aux femmes de voter et d’être candidate.

Un autre texte qui a engendré beaucoup de commentaires est celui de berakhot 24a « La voix d’une femme est nudité » (קול באשה ערוה)  et qui se prolonge par le fait que les cheveux le sont aussi. Entendre une femme ce serait voir son sexe. Est-ce quand elle parle, quand elle chante, pendant qu’un homme récite le Chéma ?

Pour le rabbin David Bigman, la réponse n’est pas absolue. Elle se trouve en français sur le site Modernorthodox qui donne la référence initiale en anglais. Cinq éléments sont à considérer :

  1. Contexte et ambiance adaptée (oui, une femme peut chanter sur une scène),
  2. Mots du chant,
  3. Style musical,
  4. Dimension vestimentaire,
  5. Langage du corps.

Résumé par moi : mieux vaut éviter de réciter le Chema devant MTV.

Pour le cheveu, il symbolise la force bio libidinale (sic). Le cheveu long est vu comme une opposition à l’idée du social. C’est dans le traité de Ketubot qu’est évoquée la tradition de se couvrir les cheveux. Mais cette tradition est-elle toujours valable ? A cette question, le rabbin Yossef Messas répondait que non. Marcher la tête découverte n’est pas (plus) le signe de quoique ce soit.

Le monde orthodoxe voudrait une stricte séparation homme femme. Quelle sont les limites de cette séparation puisqu’elle n’est pas possible ? Il faut donc réfléchir la société selon la mixité. Et des rabbins se sont penchés sur la question.

Agnon Shapira, représentant du Bne Aquiva,  a proposé plusieurs articles sur l’éducation des jeunes dans un mouvement mixte. Eliezer Berkovits a aussi interprété des règles avec la sensibilité du vingtième siècle. Il faut savoir revisiter les textes pour savoir s’ils sont adaptés à la société. Les textes s’appliquent à l’individu pour des situations définies.

Ainsi, quand le traité Soukot du Talmud décrit les femmes en haut – hommes en bas, il a été question précédemment d’un grand problème. L’autorisation provient d’un texte de Zacharie qui n’est pas généralisable. La séparation n’est pas la norme. C’est un cas exceptionnel dû à un grand rassemblement ET à une grande joie (avec du vin).

La société ne s’organise pas autour de la faiblesse d’un individu et pourtant il est bien écrit אין אפוטרופוס לעריות (concept que je serais bien en peine de vous expliquer et l’article Wikipedia correspondant n’existe qu’en hébreu ce qui n’arrange pas beaucoup mes affaires). Pour la traduction cela donne, à peu près, « il n’existe pas de gardien contre l’inconduite ». Selon ce beau principe Ketoubot 13b (qu’en même), il faudrait selon certains des règles très strictes pour aboutir à des sociétés unisexes (mais où c’est un commandement de se reproduire, (ça devient compliqué)). Il faut se rappeler des photo, de la première conférence, des quartiers avec des trottoirs réservés aux hommes et d’autres aux femmes.

Selon d’autres dont Tsouriel Aguemanit (avec cet orthographe il est introuvable sur le net), les règles doivent être adaptées. C’est à ce rabbin que des décisions sur les danses sociales (horot des kibboutz) ont été prises. Il les a opposées aux danses de salon.

En conclusion, oui il faut éduquer à la mixité dans le religieux (ne serait-ce que pour éviter l’atmosphère glauque des cybercafés yéroushalmites) et dans le social et s’intéresser aux :

  • Rapports de l’homme envers lui-même,
  • Rapport de l’homme avec D,
  • Rapport de l’homme envers son prochain.
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